Le motif mis à part, la fusillade a vu les problèmes des soins de santé coûteux et de la technologie militarisée devenir un point chaud majeur, mettant en lumière la façon dont les entreprises recherchent un profit maximum alors que les patients se retrouvent aux prises avec des dettes impayables. Cependant, la raison pour laquelle le crime de Mangione a suscité autant d’émotion dans une grande partie de l’Amérique, avec des effusions de soutien et même de célébration, reste étrangement ignorée.
Adopter une approche impressionniste de cet assassin apparent à travers ses propres représentations en ligne permet d’éviter les questions les plus convaincantes et urgentes. Pourquoi un tel crime de calcul froid a-t-il tant animé l’Amérique ? Que disent ces deux faces d’un algorithme – la déification de Mangione d’un côté, le refus massif de couverture maladie de l’autre – sur la technologie et la société d’aujourd’hui ?
Au lieu de cela, le livre propose un portrait kaléidoscopique, indiscipliné et aléatoire, d’un jeune homme souffrant de douleurs physiques et d’une désillusion croissante à l’égard du monde. Richardson s’appuie trop sur la surface de l’homme – ses images Instagram, ses critiques Goodreads, ses commentaires Reddit – pour produire une exégèse significative, liant alors son projet à une analyse facile de Mangione.
Puisque le procès pénal ne fait que commencer, il reste encore beaucoup à apprendre sur Mangione et ses motivations apparentes. Mais en l’absence de nouvelles preuves ou de nouveaux rapports, la tentative de démasquer l’homme et son crime présumé à travers une personnalité numérique s’avère une conquête pour l’essentiel vaine. Il révèle, dans une dernière ironie, bien plus sur le Ted Kaczynski de ces dernières années que sur Luigi Mangione.