Même ceux qui suivent de près la question de la corruption dans les contrats des affaires intérieures auraient pu être déconcertés par les événements de vendredi dans les estimations du Sénat.
La police fédérale australienne est apparemment venue remettre les pendules à l’heure, mais a surtout réussi à soulever plus de questions, auxquelles peu de ses officiers supérieurs ont pu répondre.
Le sous-commissaire de la police fédérale australienne, Neil Gaughan, lors de l’audience de vendredi.Crédit: Alex Ellinghausen
Voici ce que nous savons : pendant cinq ans à partir de 2015, l’AFP a poursuivi l’homme d’affaires de Sydney Mozammil Bhojani et sa société pour avoir effectué des paiements clandestins à de hauts fonctionnaires à Nauru. Ceux-ci lui ont valu un accès préférentiel aux expéditions lucratives de phosphate de Nauru en 2015 et 2017. Il a gagné des millions.
Des écoutes téléphoniques ont confirmé que Bhojani avait effectué les paiements, et il a plaidé coupable en 2020 et a démissionné de son poste d’administrateur de sa société, Radiance International. L’entreprise elle-même a continué à fonctionner.
Mais pendant tout le temps où la police fédérale australienne le poursuivait pour les crimes liés au phosphate, Bhojani faisait des affaires lucratives avec une partie distincte du département des affaires intérieures – le traitement offshore.
Il possédait trois hôtels différents hébergeant des demandeurs d’asile et des réfugiés : Anibare Lodge, le Budapest Hotel et Anabar Pond. Le contrat Anibare Lodge a été signé en 2014 (rappelez-vous, l’enquête de corruption de l’AFP a commencé en 2015), puis Budapest Hotel a été signé par Home Affairs en 2016 et Anabar Pond en août 2018.

Anabar Pond Hotel à Nauru était l’une des installations gérées par Radiance International.
Bhojani a également participé aux contrats d’approvisionnement alimentaire de Nauru via une autre société, AW Exports. En 2016, le personnel de l’entrepreneur principal Broadspectrum s’est dit préoccupé par le fait qu’AW Exports soudoyait un député nauruan en échange de l’autorisation de fournir de l’eau en bouteille – ce qui signifierait que la corruption ne concernait pas seulement le phosphate, mais le traitement offshore. Cela n’a jamais fait l’objet d’une enquête ou de poursuites.
Nous savons maintenant, grâce au sous-commissaire de l’AFP Neil Gaughan, qu’en juillet 2018 – juste un mois avant que Bhojani ne signe le troisième contrat de logement – la police a averti Peter Dutton, alors ministre de l’Intérieur, qu’une arrestation d’une personne anonyme était imminente dans un affaire de corruption transnationale. La police craignait que cela n’affecte la prochaine réunion du Forum des îles du Pacifique à Nauru.