Ce conte de la mère de Louis XV oscille entre le doux et le rang

Compte tenu de son cadre grandiloquent, il vibre avec la couleur et le faste auxquels on pourrait s’attendre, mais si les ostentations de la cour royale sont bien décrites, Bird ne nous laisse jamais oublier que cette période est également en proie à des guerres territoriales et à des persécutions religieuses. Les cimetières des bataillons et des chevaux mourants se juxtaposent fortement au glamour du château et des jardins de Versailles.

Le roman oscille entre le doux et le rang, les perruques richement coiffées exposées et les dents pourries cachées à la vue. Instruite par son père rusé, Victor Amadeus, qui changeait toujours d’allégeance pour son gain personnel, Marie-Adélaïde est dépeinte comme une coquette enjouée et une enchanteresse politique astucieuse.

Comme beaucoup de romans historiques, celui-ci mélange réalité et fiction, et Bird a clairement fait ses recherches. À la fin du livre se trouvent une liste des personnages principaux, une chronologie et une bibliographie étendue. Son attention aux détails, aux tissus, aux meubles et aux accessoires, est un délice et offre une superposition esthétique au roman : « Un collier de grosses perles crémeuses scintille sur son cou. Un doux voile blanc enfilé d’argent sur sa tête. »

Il y a aussi beaucoup de choses dites et implicites sur la relation étroite et inconvenante entre le roi Louis XIV et Marie-Adélaïde qu’il a rencontrée pour la première fois alors qu’il était prépubère. En langage moderne, on pourrait dire qu’il la soignait. Leur relation était-elle érotique et incestueuse ? Le livre reste timide, mais étant donné la consanguinité notoire entre la royauté d’autrefois, le régime patriarcal enraciné où l’infidélité était à la fois répandue et acceptée, et les déséquilibres de pouvoir entre un roi vieillissant et un ingénu, il ne serait pas surprenant que le lien entre eux soit ainsi entaché.

Agrémenté par un œil romanesque, il offre néanmoins un aperçu fascinant des pressions et des machinations de la vie royale, dans laquelle les filles et les femmes n’étaient rien de plus que des pions à déplacer dans un jeu complexe de guerre et de diplomatie pour maintenir la lignée et renforcer les dynasties.