Les potins au bureau sont désormais interdits par la loi en Australie

Les travailleurs doivent se rappeler que les commérages, c’est comme déchirer un oreiller par une journée venteuse : une fois les plumes éparpillées par le vent, vous ne pouvez plus les rassembler. Mais il y a de bonnes raisons pour que les commérages ne soient pas interdits. Les commérages sont plus que des bavardages inutiles : c’est un outil social évolué qui contribue à maintenir la cohésion sociale. Les recherches menées par l’anthropologue britannique et expert en comportement des primates Robin Dunbar suggèrent que jusqu’à deux tiers des conversations quotidiennes sont consacrées à la discussion sur les relations sociales : qui fait quoi, avec qui et pourquoi. Dans son journal Potins dans une perspective évolutiveil soutient que cela fonctionne comme le toilettage social chez les primates : renforcer les liens, instaurer la confiance et permettre aux gens de surveiller leur réputation et leur comportement coopératif au sein d’un groupe.

Nous choisissons rarement nos collègues de travail et le lieu de travail rassemble inévitablement un mélange de personnalités diverses et souvent conflictuelles. Les autocrates, les collègues passifs-agressifs, les râleurs chroniques, les manipulateurs, les farceurs et ceux qui discutent constamment ou sont collés à leur téléphone font tous partie du mélange. Les commérages deviennent souvent un moyen de faire face à ces personnalités et styles de gestion variés.

Il est inquiétant de constater que nous avons atteint un point où un débat animé lors d’une réunion pourrait être qualifié d’intimidation, et où même une critique occasionnelle dans le dos de quelqu’un peut être considérée comme contribuant à un environnement psychologiquement dangereux.

Les lieux de travail ne sont pas censés être des lieux de détente. Même les lois anti-potins ont leurs limites. Dans une affaire de 2024 impliquant une réclamation infructueuse d’un radiologue de l’hôpital et du service de santé de Gold Coast, la Cour suprême du Queensland a déterminé que les employeurs n’avaient pas l’obligation générale de diligence d’éliminer les commérages ou d’assurer un lieu de travail « heureux ». Le devoir d’un employeur s’étend à la prise de mesures raisonnables pour prévenir les dommages psychologiques, mais pas à la garantie d’un lieu de travail parfaitement harmonieux ou sans commérages.

Je remets en question la nécessité d’une intervention juridique dans les interactions humaines fondamentales, car les commérages, de manière générale, restent un élément fondamental de l’interaction sociale humaine. Mais les employeurs et les managers doivent accepter que les régulateurs examinent plus attentivement que jamais les impacts psychologiques des lieux de travail. Ils devront surveiller les signes indiquant que les employés sont affectés par des commérages ou des rumeurs, qu’il s’agisse d’un absentéisme accru, d’une baisse des performances, d’une augmentation des griefs ou de l’évitement des collègues. Une fois que les rumeurs se propagent, elles ne peuvent plus être contenues et les personnes concernées peuvent désormais engager des recours juridiques.

Paul O’Halloran est associé et spécialiste accrédité en relations de travail au sein du cabinet d’avocats Dentons.