THÉÂTRE
Sécher mes larmes ★★★★½
Paul Capsis, 45 en bas, jusqu’au 28 mai
À mi-parcours Sèche mes larmes, l’inimitable Paul Capsis nous demande d’atteindre les lames de rasoir rouillées sous nos sièges. C’est du badinage obscur, évidemment, mais on a presque envie de baisser les yeux pour voir s’ils ont été fournis, tant l’émotion turbulente qu’il véhicule est intense, tant son charisme sur scène est dangereux.
Paul Capsis apporte un charisme dangereux à son émission Dry My Tears.Crédit: Jacquie Manning
Les vétérans du théâtre n’auront pas oublié la performance indélébile de Capsis dans Barrie Kosky’s Délire du boulevard (2005) – cette voix énorme, la théâtralité captivante, la métamorphose électrique que Capsis peut accomplir en plein vol. Depuis, il a fait tout ce qu’il y a à faire dans le cabaret, du MC à la comédie musicale Kander et Ebb Cabaret à Jenny dans L’opéra de quat’sous.
Il a tout fait – assez étonnamment – sauf effectuer un spectacle de cabaret solo totalement débranché. Sèche mes larmes coche cela sur la liste des seaux, et le public devrait s’y rendre.
Accompagné uniquement de Francis Greep au piano, Capsis peut être plus captivant lorsqu’il est laissé à aiguiser ses instincts sans être encombré par une vision de réalisateur imposée. C’est le cas de la séquence d’ouverture, qui glisse du pastiche de Weimar de Wilkommen dans une incarnation saisissante de la vraie affaire.
Deux numéros de Brecht/Weill prennent la force d’une visite monstrueuse d’un monde qui exploite sans vergogne la souffrance et viole les faibles. Un bord démoniaque à Chanson de l’Alabama nous secoue dans l’inconfort – le grotesque infecte à la fois les trébuchements entre les bars à whisky, les garçons et les gros sous et (dans un registre différent) le chagrin lunaire à la mort d’une mère qui les rationalise.

Francis Greep et Paul Capsis sont les seuls sur scène dans Dry My Tears.Crédit: Jacquie Manning
Capsis ne fait pas de quartier Mack le couteau, soit, sur le cynisme de glamouriser un tueur en série. Sa séduction méprisante se transforme en un gémissement surnaturel, avec une note de rage sous l’indifférence. Vous pouvez dire que vous chantez une chanson de Brecht/Weill à l’absence d’applaudissements confortables, au silence choqué du bon bourgeois. (Et si vous attendez Sinatra, une authentique injection du théâtre épique de Brecht sera une mauvaise surprise.)
L’horreur se mêle à l’irrépressible esprit de résistance dans la ballade George, un hommage à une chanteuse trans assassinée par un soldat. Et Capsis se fraye un chemin à travers le chagrin et l’amour perdu – via des interprétations de recherche d’artistes éclectiques tels qu’Elton John, Nina Simone et Melody Gardot – dans un arc continu qui souffre de mélancolie – et est plus fort pour rejeter tout ce qui est émotionnellement aplati comme « romance ». ” alors qu’il lutte vers l’autonomie et la résilience.