Un coup de projecteur mensuel sur nos nouveaux albums, EP, singles et vidéos préférés de musiciens locaux.
Sleepazoïde,
Qu’avez-vous réalisé au cours des 18 derniers mois ? Si vous êtes les étoiles montantes du post-punk/shoegaze de Melbourne, Sleepazoid, la réponse est multiple. J’aimerais seulement pouvoir dire la même chose. Qu’il s’agisse de soutenir FCUKERS et Faye Webster ou de donner un concert à guichets fermés au Northcote Social Club de Melbourne, le groupe a fait beaucoup depuis qu’il a commencé à sortir de la musique il y a à peine un an et demi. Ils partent bientôt à la conquête du monde eux aussi, en participant au festival britannique The Great Escape en mai. S’ils étaient des enfants, nous les qualifierions de précoces.
Sur leur deuxième EP, , le groupe déploie ses ailes et étend sa gamme. La chanteuse Nette France vole la vedette, mais sa voix imposante est rehaussée par les murs sonores tourbillonnants que le batteur Luca Soprano, le bassiste Josef Pabis et les guitaristes George Inglis et Jim Duong produisent en tandem.
Il n’y a jamais vraiment de moment pour se décider : ouvreur 3h du matin est flou, tandis que le titre est nerveux et rauque. Figuierquant à lui, est le moment le plus émouvant du groupe à ce jour, car France demande : « Quand tu ressens de l’amour, est-ce que ça s’en va ou est-ce que ça change ? Si quelqu’un connaît la réponse, merci de me le faire savoir. Ben Madden
Devaura, Si tu ne ris pas, tu pleureras
Cet EP de six titres, le deuxième volume de la série en trois parties de Devaura, née en Nouvelle-Zélande et basée à Sydney, qui a commencé avec l’année dernière Apprendre en publics’appuie sur son premier opus avec une conscience de soi plus aiguisée et une précision émotionnelle. La sortie – qui existe là où se croisent le R&B alternatif, les sensibilités indie et les textures électroniques discrètes – trouve la chanteuse aiguisant plutôt qu’adoucissant ses bords, laissant les chansons occuper ces espaces inconfortables où le rire devient un mécanisme d’adaptation.
Sa voix est un point culminant, évoluant avec fluidité entre le phrasé conversationnel et le contrôle mélodique, s’adressant souvent directement à l’auditeur avant de passer à des passages composés. L’élasticité crée de l’immédiateté et de la crudité, comme lors du martèlement Pourquoi si sensible ? et le ludique Tête de danseoù elle réfléchit sur les thèmes de l’identité, de la fatigue émotionnelle et de l’auto-préservation.
La production cadre sa voix avec retenue. Les percussions sont subtiles, les lignes de basse ciblées et les éléments atmosphériques créent une marge de manœuvre. Les petits détails, les harmonies superposées, les pauses et les changements de ton atterrissent avec poids, renforçant un sentiment de contrôle au milieu du chaos lyrique. Ify Obiegbu
Christopher Young, Dominique Cheviet, Nicolas Lelièvre, Le Souffle
Christopher Young est en quelque sorte un non-conformiste sur la scène jazz de Melbourne, ne sortant qu’occasionnellement des albums mais ayant toujours quelque chose à dire. Il connaissait Dom Cheviet, un autre joueur d’anches français, depuis 25 ans avant qu’ils ne décident enfin de collaborer, et quel projet c’est.
Ils ont créé des cadres rythmiques et des paysages sonores dans un studio parisien avec le batteur/percussionniste Nicolas Lelievre, sur lesquels ils ont ensuite improvisé librement avec une clarté et une intensité émotionnelle surprenantes. La musique est aussi maussade qu’exotique sur le plan de la texture. Sur Jungle du matinpar exemple, la kalimba de Cheviet fournit une toile de fond dansante en tandem avec la batterie et les percussions de Lelièvre, sur lesquelles les cornistes s’entrelacent, Young jouant principalement de la clarinette basse et du saxophone soprano Cheviet. Sur Le noir est la couleurils jouent tous les deux de la flûte contre les textures prodigieuses et le groove profond de Lelièvre.
Ce qui est étonnant, c’est leur instinct infaillible pour l’espace et le contraste, comme si un seul esprit créait la musique. Le dialogue est complètement organique quant à savoir qui joue quand, quand ils se chevauchent et quand ils passent du premier plan à l’arrière-plan. Un élément récurrent est la puissante clarinette basse de Young, grondant et s’enroulant sous les envolées de Cheviet, ou se cambrant soudainement avec ses propres cris dramatiques. John Shand
Violence des modèles de station, Violence des modèles de gare
Qui aurait cru que déconstruire l’apocalypse imminente pouvait sembler si vivant ? Sur leur premier album éponyme, les porteurs du flambeau post-punk Station Model Violence sont conscients mais intrépides, regardant l’horizon d’un cataclysme en cours.
Formé par le chanteur de Total Control DX et le guitariste Buz Clatworthy de RMFC, et produit par Mikey Young de Eddy Current Suppression Ring, Station Model Violence est en quelque sorte un supergroupe underground de Melbourne. Le résultat est un LP de 10 titres urgent et prémonitoire, un miroir amusant tendu à une société au bord de l’effondrement, des reflets de la vie moderne à la fois déformés et étrangement clairs.
Inspiré par Iggy Pop et le krautrock des années 70, les nuances de Joy Division et de Television, les caractéristiques du post-punk classique sont toutes là : des guitares bourdonnantes, une batterie hypnotique, des voix de baryton inquiétantes, des feedbacks pendant des jours. Mais Station Model Violence leur insuffle une nouvelle vitalité, un éclat qui l’empêche de sombrer complètement dans les abysses.
Avec les huit minutes envoûtantes Chaleur en son centre, l’album s’enroule en spirale : au chant électrisant de Falaisesla cacophonie hurlante de S’égoutterl’apathie menaçante de Loisirset la délicieuse ironie de quelque chose de si ensoleillé et brillant intitulé Immolation. Malgré les angoisses modernes liées à la surveillance, à la guerre, à l’IA et à la ruine de la société, mais sans jamais tomber dans le désespoir, nous nous retrouvons avec un message : ne vous laissez pas détruire, il y a encore la vie à vivre. Tom W.Clarke
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