On dit qu’une société est jugée sur la manière dont elle traite ses plus vulnérables. À l’heure actuelle, le gouvernement australien expose ses priorités d’une manière extrêmement claire : couper l’herbe sous le pied de dizaines de milliers de personnes vivant avec un handicap, tout en injectant des milliards records dans les armes et en laissant les géants du monde des affaires s’en tirer.
Dans le cadre de la refonte radicale du régime national d’assurance invalidité menée par le gouvernement, le nombre de participants devrait être réduit de 160 000 d’ici la fin de la décennie. Cela représente 160 000 Australiens vulnérables – les membres de notre famille, nos amis, nos voisins – qui ont effectivement lancé un programme conçu pour constituer leur filet de sécurité permanent.
Le gouvernement insiste sur le fait que le NDIS est « insoutenable ». Il affirme que l’introduction de nouvelles évaluations fonctionnelles standardisées et la réduction des dépenses moyennes du régime sont des « décisions difficiles mais responsables ». Mais pour les familles comme la mienne, qui dépendent fortement du NDIS juste pour survivre au quotidien, ce ne sont pas des éléments abstraits sur une feuille de calcul de trésorerie. Ils sont nos vies.
Lorsque les politiciens parlent de « freiner la croissance », ils parlent activement de supprimer les soutiens fondamentaux qui permettent aux personnes handicapées de vivre dans la dignité la plus élémentaire.
Alors que le gouvernement prétend que les principaux soutiens du NDIS sont protégés, des gels agressifs des prix et des formalités bureaucratiques écrasantes agissent comme des réductions furtives dévastatrices. Les thérapies essentielles qui aident les individus à communiquer, à réguler et à apprendre deviennent totalement inaccessibles à mesure que les prestataires sont financièrement exclus du programme. Les aides à la mobilité cruciales – les équipements mêmes qui permettent littéralement aux gens de quitter leur domicile et d’exister dans la société – sont désormais piégées par des retards épuisants et de nouvelles évaluations rigides. En outre, la stagnation du financement pousse les travailleurs de soutien dévoués à quitter le secteur, privant ainsi les personnes vulnérables des soins fondamentaux dont elles dépendent pour leur survie et leur indépendance au quotidien.
Lorsque le gouvernement réduit ces aides, les gens ne cessent pas comme par magie d’en avoir besoin. Au lieu de cela, ils perdent leur indépendance, leur lien avec la communauté et leur possibilité de s’épanouir.
Le budget est-il réellement brisé ou nos priorités nationales sont-elles profondément déplacées ? Regardez à quelle vitesse le récit s’inverse lorsque la conversation tourne vers la défense. Soudain, les dépenses publiques ne sont plus un « fardeau » : elles deviennent un « investissement essentiel ». Le gouvernement peut facilement mobiliser des centaines de milliards de dollars pour des sous-marins nucléaires qui ne verront même pas l’eau pendant des décennies. Et cela ne s’arrête pas à la défense.
Il suffit de regarder le débat d’actualité de cette semaine sur les bénéfices massifs et non imposés des sociétés gazières multinationales. Nous permettons aux entreprises géantes d’extraire nos ressources naturelles tout en payant des impôts dérisoires, protégeant ainsi leur richesse pendant que les Australiens ordinaires luttent contre le coût de la vie. Pourtant, lorsque le gouvernement cherche à réaliser des économies, il ne s’intéresse pas aux cartels du gaz ni aux sous-traitants de la défense. Il s’intéresse aux citoyens handicapés qui ont besoin de modifications fondamentales à leur domicile.
La cruauté de cette réforme est aggravée par le fait que le gouvernement fédéral ne fait que se renvoyer la balle. Si les gens sont exclus du programme en vertu de ces nouvelles règles d’éligibilité plus strictes, ils se retrouvent confrontés à un système d’État fracturé et sous-financé dont les dirigeants admettent même qu’il n’existe pas encore. Comme les défenseurs l’ont prévenu, si nous nous trompons, les conséquences n’apparaîtront pas dans une ligne budgétaire – elles se feront sentir dans la vie des gens.
La semaine dernière, je me suis assis et j’ai regardé ma sœur après sa séance de musicothérapie. Pendant cette brève et précieuse fenêtre de temps, les barrières lourdes et épuisantes qu’elle combat chaque jour ont semblé entièrement levées. J’ai vu des sourires purs et sans filtre – un beau sentiment de liberté. Cette joie, ce lien vital, cette capacité de vivre enfin la vie selon ses propres conditions – c’est exactement ce que le NDIS a été promis. Pourtant, face à la froide réalité de ces récentes réformes, cette bouée de sauvetage est en train d’être étouffée.
Il est absolument navrant de devoir constamment supplier un système bureaucratique de la laisser conserver la seule chose qui lui apporte la paix, obligée de réduire sa véritable joie humaine en une paperasse rigide et clinique juste pour prouver qu’elle est « digne » de garder sa propre liberté.
Le NDIS n’a jamais été censé être un simple programme d’aide sociale parmi d’autres pouvant être réduit lorsque cela était politiquement opportun ; cela a été promis comme un droit humain fondamental. Il repose sur la promesse selon laquelle les Australiens handicapés ont le droit inhérent de vivre une vie épanouie, indépendante et digne.
Nous ne pouvons pas accepter une société qui finance volontiers les machines de guerre et protège les profits des géantes gazières, tout en regardant ma sœur et ses amis et en leur disant que leur liberté coûte tout simplement trop cher.
Nous ne pouvons plus nous permettre de souffrir en silence pendant qu’une bureaucratie froide et calculée donne la priorité à ses résultats financiers plutôt qu’à la vie même des personnes que nous aimons. Ils ne constituent pas un fardeau à gérer ni une dépense à réduire. Ce sont des êtres humains qui méritent une dignité absolue, et nous devons veiller à ce qu’ils ne soient jamais laissés pour compte.
Satara Uthayakumaran est écrivain et représentante de la jeunesse australienne auprès des Nations Unies pour 2025.