Les Trois Mers, Antahkarana
★★★★
Quel beau titre. Antahkarana – le dernier volet du voyage de 13 ans des Three Seas dans une fusion jusqu’alors inexplorée de musique traditionnelle bengali, de jazz, de dub, de pop et plus encore – est le sanskrit pour « instrument intérieur ». Cela fait référence à l’endroit en nous où convergent la mémoire, l’intuition, l’identité et l’âme. Ajoutez à cela le cœur et l’intelligence des membres du groupe – trois Bengalis et deux Australiens – et vous obtenez tous les ingrédients d’une musique qui creuse profondément sous la surface de ses éléments constitutifs.
Le projet est devenu plus sophistiqué au fil de ses quatre albums, atteignant désormais non seulement une qualité mystique mais presque mythique. Des amalgames de jazz et de musique classique indienne existent depuis des décennies, mais The Three Seas – en s’inspirant du bengali et d’autres musiques folkloriques du sud de l’Inde – se retrouve dans un endroit moins cérébral et moins contraint par les orthodoxies.
L’album commence par un bref prélude, Dans la nuitdans lequel Deo Ashish Mothey chante la fragilité de la vie, accompagné principalement des accents envoûtants de sa propre dotora (un instrument à deux cordes ressemblant à un banjo). Après avoir suggéré qu’il doit y avoir une façon moins destructrice de vivre, c’est comme si le reste de l’album s’efforçait de faire exactement cela.
Le prélude se glisse dans celui du bassiste Brendan Clark. Muranoun morceau qui évoque implicitement le voyage avec son groove profond et les riffs de saxophone de Matt Keegan, qui encadrent les rafales d’improvisation scintillantes de la dotora. Le plus dramatique Bhalobasha Makorshar Jal est chanté d’une voix enthousiaste par Raju Das Baul, les paroles bengali comparant l’amour à une toile d’araignée. La musique, quant à elle, nous capture dans un délicat maillage de saxophone, de basse et de percussions haletants, renforcés plus tard par le déploiement singulièrement aérien d’une batterie par Gaurab Chatterjee.
Chatterjee occupe ensuite le devant de la scène en chantant la chanson à succès bengali Prithibicomposé par son père. C’est le groupe le plus pop, mais il peut y aller sans perdre son aura de mysticisme et d’exotisme, aidé par une superposition soignée des sons (l’album ayant été enregistré aux Real World Studios de Peter Gabriel). C’est juxtaposé à Khyentsébasé sur un chant de guérison tantrique, chanté par Mothey sur un groove enveloppant d’un bâtiment. Des contrastes encore plus grands viennent avec la montée en puissance de Keegan Chhausuivi de Rongmohole (Palais des Plaisirs), une chanson didactique sur les méfaits de l’auto-indulgence.
Keegan a également composé l’hypnotique Chaman de tonalitéson ténor répondant aux paroles chantées par Mothey avec une merveilleuse ampleur sonore. Puis son baryton reprend le refrain dansant de La doctrineavant le tribal hippie joyeux Réel Mondequi est accrocheur mais moins intéressant que le suivant Lashaune pièce chantante s’inspirant d’un conte népalais de tragédie épique.
Une grande partie du matériel méritait d’être considérablement élargie avec plus d’improvisation, mais cela se produit peut-être lors de leurs concerts, ce qu’ils font en Australie en avril et début mai.
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