Beaucoup de grands compositeurs transforment la souffrance en beauté dans leur musique, mais peu ont enduré plus et l’ont exprimée avec plus de force que le compositeur et organiste français Louis Vierne.
Vierne est connu pour ses six symphonies fantastiquement compliquées. Crédit: Wikimédia Commons
Né presque aveugle, il a subi des déboires professionnels et un désespoir personnel tout au long de ses 66 ans. Il mourut en 1937 à la console de l’orgue de la cathédrale Notre-Dame de Paris, où il était organiste depuis 1900. Alors qu’il s’effondrait, son pied se coinça sur la pédale de mi grave de l’orgue – un péage chargé de malheur. C’était là son 1750e récital.
« Sa vie est juste jonchée, comme celle de Mahler, de tortures, donc les gens peuvent ressentir la passion dans sa musique », explique Joseph Nolan, basé à Perth, l’un des plus grands organistes du monde. Pourtant, dit Nolan, Vierne est devenu l’un des quatre plus grands compositeurs pour instrument, derrière Bach et avec Widor et Messiaen.
Il a été négligé pour des postes qu’il savait qu’il méritait, a failli perdre une jambe dans un accident et a divorcé de sa femme à cause de son infidélité. Sa mère et un fils sont morts de la tuberculose ; un autre fils et son frère sont morts pendant la Première Guerre mondiale. Il avait une relation tendue avec son célèbre élève, Marcel Dupré, qui a fait une tournée aux États-Unis lorsque Vierne était malade et a affirmé que c’était en fait lui qui était l’organiste de Notre-Dame. Vierne n’a plus jamais parlé à Dupré.
Vierne est surtout connu pour ses six symphonies pour orgue, des œuvres majestueuses et fantastiquement compliquées, que Nolan doit jouer dans une série de six concerts gratuits au Melbourne Town Hall du 18 au 28 juillet.
Pourquoi gratuit ? C’est un cadeau aux mélomanes de Melbourne de la ville de Melbourne, explique Nolan. « Il faut une grande ville culturelle comme Melbourne pour le mettre en place – c’est le genre de chose qu’on n’entend qu’à Melbourne, Paris, New York. C’est merveilleux.

Joseph Nolan – photographié à la cathédrale Saint-Georges de Perth – interprétera l’intégrale des symphonies pour orgue de Louis Vierne à Melbourne ce mois-ci.Crédit: Philippe Gostelow
Nolan dit que jouer les symphonies à la suite est « comme un cycle de Ring pour l’orgue » (faisant référence à l’énorme ensemble de quatre opéras de Wagner). « Certains de mes collègues l’ont décrit comme un projet fou. Le truc avec Vierne, c’est qu’il y a tellement de notes, surtout des notes chromatiques, et c’est dans le chromatisme qu’il a pris la symphonie.
« Vierne le prend dans sa propre langue. Je veux dire, il y a tellement de notes noires sur la page, et c’est là qu’il obtient la sensation torturée de sa musique, à travers ce chromatisme dense qui va créer cette puissance, très proche de la cinquième symphonie de Mahler.