Anne Rennie
Et donc nous sommes toujours en hiver, justement ; la saison des mitaines et des bonnets, de bonnes chaussettes épaisses et une ou deux couches supplémentaires de vêtements ; la saison des parapluies déployés dansant dangereusement alors que les navetteurs se précipitent vers les trains et les tramways et que la bouffée mouillée du blazer devient le parfum de la saison.
Nous recherchons la chaleur et la lumière de la maison, pour nous blottir, pour nous protéger du vent et de la pluie, pour nous accroupir pendant quelques brèves heures. L’hiver et ses sautes d’humeur météorologiques ; les baisers arctiques, l’épaule froide, le sourire glacial, le voile spectral de gris alors que les nuages se renfrognent et que des rayons de soleil atténués s’infiltrent dans le ciel.
Le matin, des hommes en noir observent le temps. Une ouverture sombre, les notes gris-bleu du vent sifflent dans les métros et les parkings, faisant flotter les papiers comme de petits cerfs-volants condamnés.
Un frisson collectif parcourut les passagers alors qu’ils attendent le 7.11 pour Flinders Street via le City Loop. Les élèves regardent leur téléphone. Les employés de bureau qui ont quitté leur domicile brillants découvrent que leurs mèches brillantes ont été frisées en formes topiaires étranges. Je suis au chaud, démodé, anonyme, levant les yeux et observant la météo.
L’hiver est le moment de réfléchir et de planifier, de ne pas faire grand-chose et de flâner doucement. C’est le moment de la rêverie et de la douce réflexion, de la pesée des choses. C’est pour s’asseoir et lire ou se détendre avec une tasse de thé et trier les photos de sa vie, en se demandant maintenant qui était cette personne sur une île grecque il y a près d’un demi-siècle.
L’hiver est fait pour les voyages sentimentaux de mémoire et de nostalgie, non pas pour se vautrer mais pour la gratitude qu’ils ont eu lieu. C’est le petit bonheur d’une soupe chaude, de mains chaudes et d’un feu de joie en hiver. Pour moi, ce sont les guirlandes lumineuses sur mon balcon qui donnent un peu de festivité à la pénombre du soir.
Parfois, cette période prolongée d’endurance est dure, un désert hivernal où nous devons compter sur notre force intérieure pour continuer, pour persévérer face aux intempéries et à notre propre découragement. Nous devons trouver le courage et la grâce qui rendent chaque journée unique et remarquable, même si elle est ennuyeuse et sans joie. Cela nous pousse à être gentils, à égayer la journée de quelqu’un avec un sourire, une reconnaissance, un échange de plaisanteries.
L’hiver est une saison pour s’attarder, pour se pencher et écouter son cœur au repos. Depuis le solstice d’hiver, les journées s’allongent. La saison change et bientôt le printemps doux inaugurera de nouveaux bourgeons et de nouvelles fleurs. L’hiver a achevé son œuvre invisible, intérieure et souterraine.
On recommence.
Ann Rennie est une écrivaine de Melbourne.