Une victoire de Donald Trump laisserait l’Australie menottée aux caprices d’un narcissique

Mardi, en Australie occidentale, l'amirale américaine et membre du Comité des chefs d'état-major interarmées Lisa Franchetti a fait des déclarations rassurantes lorsqu'on l'a interrogée sur l'avenir de l'accord AUKUS si Donald Trump revenait au pouvoir. Les positions de Trump sur les accords internationaux sont erratiques mais, pour la plupart, il ne les aime pas, et son mouvement politique est essentiellement isolationniste. Le message de Franchetti était que nous ne devrions pas nous soucier de la politique car l'Amérique serait toujours là pour ses alliés et partenaires.

Elle a dû le dire, bien sûr, mais ce n'est pas elle qui décidera : son travail consiste à suivre les ordres de son commandant en chef, donc si un Trump fraîchement élu voulait renégocier ou déchirer l'AUKUS, elle devrait s'y plier. Quoi qu'il en soit, réfléchissons au simple fait qu'elle ait dû offrir cette assurance.

Le gouvernement travailliste serait préoccupé par la perspective d’un retour au pouvoir de Donald Trump.Crédit: Illustration : Dionne Gain

Peu de pays sont aussi étroitement liés aux États-Unis que l’Australie. Au fil des ans, les relations se sont resserrées, du moins entre les principaux partis. Si vous en doutez, rappelez-vous l’année 2003, lorsque John Howard était enthousiaste à l’idée de l’invasion de l’Irak et nous a inscrits dans la Coalition des volontaires avec les États-Unis et la Grande-Bretagne. Le Parti travailliste, dirigé par le regretté Simon Crean, s’est opposé à l’implication de l’Australie.

Il est difficile d'imaginer le Parti travailliste contemporain, qui a failli trébucher dans sa précipitation à adhérer à l'AUKUS de Scott Morrison, d'abord dans l'opposition puis au pouvoir, dire « non » à une administration américaine si celle-ci devait subir un futur coup de sang. Quant à la coalition libérale-nationale dirigée par Peter Dutton, elle dirait « oui » sans se soucier de la question.

Compte tenu de ce qui s'est passé aux États-Unis au cours des sept dernières années, on observe une réticence inquiétante à appliquer une critique rationnelle et éthique à cette relation. L'Amérique ne va pas bien et il faudra beaucoup de temps avant que la situation s'améliore, si jamais elle s'améliore. Après tout, tout empire finit par s'effondrer.

La plupart des gens qui évoluent dans le monde politique et dans son entourage ont tendance à penser qu’après des périodes de perturbations, l’équilibre – un retour aux normes antérieures – sera rétabli. La campagne présidentielle américaine contredit cette hypothèse.

Un ancien président qui a déclenché une insurrection meurtrière pour renverser un résultat électoral qui ne lui était pas favorable est, à l'heure actuelle, favori pour gagner le 5 novembre. Il est dans une telle position de force parce que l'homme qui était jusqu'à il y a quelques jours son adversaire a été pris en flagrant délit de mensonge sur son état physique et mental affaibli, avec sa famille et ses conseillers dans l'arnaque.

C’est ainsi que notre plus grand ami et protecteur – selon l’expression de Morrison, notre « partenaire pour toujours » – s’y est pris pour décider qui devrait être la personne la plus puissante de la planète.