Le nouveau roman de Francis Spufford Cahokia Jazz propose une vision alternative d’une ville amérindienne

Cet acolyte est Joe Barrow, un orphelin adopté et indigène américain qui ne parle pas la langue Anopa. (Cela lui confère le statut d’étranger du protagoniste du film noir classique et la curiosité qui en résulte.) Lui et Drummond traversent cet autre âge du jazz, jusqu’aux échelons supérieurs des organisations complexes aztèques (oui, aztèques), tandis que la guerre avec la Russie en Alaska fait rage en arrière-plan. À un moment donné, nous rencontrons Alfred Kroeber, véritable anthropologue et père d’Ursula K. Le Guin (le roman est dédié à sa fille).

D’une certaine manière, cette œuvre me rappelle celle de Jan Morris. Dernières lettres de Hav, un récit de voyage excentrique et négligé sur un pays fictif quelque part près de la Turquie. (Par ailleurs, Le Guin elle-même a défendu l’unique roman de Morris et a écrit son introduction.) Hav, Cahokia est tout à fait crédible. Le livre de Spufford n’est pas simplement une histoire alternative au service de grandes idées et de concepts élevés. C’est aussi un monde fantastique riche – à la fois étranger et étrangement familier – évoqué avec amour et rendu vivant à travers le genre noir. Comme tous les meilleurs mondes imaginaires, il existe pour lui-même et selon ses propres conditions.

Ce genre de HavLe bricolage de type fiction/non-fiction a toujours caractérisé le style de Spufford, et il atteint ici sans doute un nouveau zénith. Aucune des connaissances historiques ni les nombreuses citations réelles n’alourdissent son récit. Il y a plus de quelques rebondissements et enchevêtrements plus tard dans le roman et la fin devrait satisfaire les lecteurs avec la patience et le temps nécessaires pour savourer un mystère de meurtre immersif.

Lumière perpétuelle, le dernier livre de l’auteur, contourne le thème des histoires imaginées avec une grâce élégiaque. Ici, on s’y plonge à corps perdu. Cette fois, l’approche est maximaliste, filmique, audacieuse, incontestablement divertissante, sans compromettre l’intelligence que les lecteurs attendent de Spufford. Avec Cahokia Jazzil est en passe de s’imposer comme l’un des conteurs les plus inventifs et les plus protéiformes d’aujourd’hui.